Nadia Tereszkiewicz, la Nouvelle Étoile du Cinéma Français

L’actrice césarisée est à l'affiche du prochain film de Stéphanie Di Giusto, qui retrace le destin de la première femme à barbe au 19ème siècle.

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Récompensée du César du meilleur espoir féminin pour Les Amandiers de Valéria Bruni -Tedeschi, l’incandescente Nadia Tereszkiewicz a vécu une année 2023 de feu entre Mon crime de François Ozon, L’île rouge de Robin Campillo et Rosalie de Stéphanie Di Giusto présenté au dernier festival de Cannes. Au cœur de ce tourbillon créatif exaltant, elle a accepté de revenir sur ce parcours entamé il y a seulement 4 ans.

Que représente à vos yeux le César que vous avez remporté pour Les Amandiers ?

NT : Il y a eu quelque chose de symbolique à être primée pour un film où j’ai véritablement découvert, en même temps que mon personnage, le métier de comédien. C’est donc une reconnaissance magnifique d’un travail et forcément une joie immense à voir mes pairs ainsi me saluer. Quelque chose d’un peu dingue aussi car avant le cinéma, j’ai fait 14 ans de danse et dans les auditions que j’ai passées, j’ai toujours échoué dans la dernière ligne droite. A l’annonce de mon prénom, il m’a fallu quelques secondes pour réaliser que c’était bien moi ! (rires)

Dans votre parcours, il y a quelque chose de rare. Cet enchaînement entre deux passions, le cinéma après la danse…

NT Oui, de 4 à 18 ans, la danse a été ma raison de vivre ! Et j’ai en effet eu la chance d’en trouver rapidement une autre tout en passant par un stade où la passionnée de littérature que je suis a voulu être prof de lettres et tenté l’agrégation. Et puis j’ai commencé à découvrir les plateaux de cinéma en étant silhouette sur La Danseuse de Stéphanie Di Giusto et doublure lumière sur Maryline de Guillaume Gallienne . Et sur ce tournage, j’ai fait la rencontre de comédiens de la Comédie Française qui m’ont incité à passer le concours de la Classe Libre du Cours Florent. J’ai suivi leur conseil et c’est là que tout a commencé.

Les rencontres sont le maître- mot de votre parcours. On imagine que ce n’est pas pour rien que vous avez cité dans votre discours des César le nom de Dennis Berry, votre réalisateur de Sauvages, qui s’est éteint en 2021…

NT Dennis est le premier à m’avoir dit que je serai actrice. A m’assurer que j’avais ça en moi et qu’il ne tenait qu’à moi, par mes choix, de la développer. Il a su me redonner une confiance brisée par mes années de danse où j’avais la sensation d’avoir énormément essayé et rien réussi. A 22 ans, je devais d’abord penser à gagner ma vie. Tenter ma chance dans ce métier de comédien n’allait donc pas de soi car il avait quelque chose d’aléatoire. Seulement, alors qu’au fond de moi, je n’étais pas pleinement épanouie pendant mes années de danse, j’ai immédiatement été envahie par un sentiment de bonheur sur le plateau de Dennis. D’un amour des gens, de comment ressentir et exprimer des choses par mon corps et avec les mots des autres. Depuis et jusqu’à la veille de sa mort, on s’est appelé au moins une fois par semaine. Il m’a aussi fait découvrir le cinéma, moi qui n’avais vu aucun film de la Nouvelle Vague avant lui. Dennis était un passeur enthousiaste qui ne vous écrasait jamais de sa culture et son savoir.

Dennis Berry vous a très tôt parlé de l’importance des choix dans un parcours. Or les vôtres épatent par leur diversité, de Seules les bêtes de Dominique Moll à Mon crime de François Ozon en passant Babysitter de Monia Chokri ?  Est- ce difficile pour vous de les faire ?

NT J’ai envie de faire ce métier avec toute mon âme. Pas de travailler pour travailler. Donc même quand au départ j’avais peu de propositions, j’ai fait des choix dès le début. Et qu’on les juge réussis ou non, je sais pourquoi j’ai fait les films que j’ai acceptés. Ils m’ont tous donné une voix à porter, des choses complexes à jouer, la chance de m’exprimer avec des féminités très différentes. Mais il y a un rôle particulièrement important pour moi dans un film choral qui m’a ouvert beaucoup de portes…

Lequel ?

NT Seules les bêtes où je joue l’amoureuse du personnage de Valeria Bruni- Tedeschi. C’est grâce à lui que François Ozon a voulu me voir en casting pour Un crime, Fabienne Berthaud pour Tom, Monia Chokri pour Babysitter et Robin Campillo pour L’Île rouge. Grâce à lui aussi que j’ai été approchée pour la série Possessions.

Grâce à lui que Valeria Bruni Tedeschi vous a engagé dans Les Amandiers ?

NT Pas du tout ! C’est même la seule fois où ce film a failli jouer contre moi ! (rires) Car au départ, elle ne voulait justement pas me voir car elle me connaissait de Seules les bêtes et me trouvait trop âgée pour le rôle. C’est la directrice de casting Marion Touitou qui a insisté et je sais ce que je lui dois ! C’est en me voyant jouer en casting qu’elle a changé d’avis car elle m’a vu faire des choses que je n’avais pas jouées devant elle avec un lâcher -prise et une autodérision possible

Vous passez beaucoup d’essais ?

NT Oui mais j’ai la chance que ce soit le plus souvent de « vrais » essais, où on me laisse le temps de jouer. Comme pour Babysitter que j’adore pour sa manière de questionner le rapport homme- femme et la notion de désir ou L’Île rouge où le processus fut plus long car j’y joue une mère de trois enfants et Robin a eu besoin de voir si je pouvais être crédible.

Vous n’avez jamais fait de théâtre. C’est la prochaine étape ?

NT On m’en a proposé et ça me tente mais je veux aller au bout de mes envies de cinéma – tourner dans différents pays européens par exemple – et ne rien m’interdire parce que je serais bloquée par ailleurs. Je sais que j’irais un jour. Mais je veux profiter à fond de ce que le cinéma m’offre. Comme travailler avec François Ozon par exemple.

Qu’est ce que cela représentait pour vous ?

NT Je l’admire depuis toute petite. Je dansais sur 8 femmes. J’étais allée voir Dans la maison à plusieurs reprises à l’époque où je voulais devenir prof de lettres. Et il m’a fait une confiance incroyable en me choisissant et en m’incluant dans le processus de création. François aime le cinéma comme un enfant. Au bout de 22 films, il est tout sauf blasé. Il nous donne la joie de jouer, de passer par la comédie et les années 30 pour raconter des choses bien plus graves et actuelles, dans un éloge malicieux de la sororité. Avec un sacré défi à relever : trouver le bon ton, se lâcher sans trop en faire.

On sent que les défis vous nourrissent. Comme celui de jouer en arabe et en finnois dans La Dernière reine de Damien Ounouri et Adila Bendimerad, le tout premier film algérien en costumes, situé à Alger en 1516…

NT Chaque scène était en effet un challenge au niveau de la langue comme du rôle : une esclave guerrière qui se bat au cœur d’un film dont les réalisateurs se sont eux aussi battus pendant des années pour qu’il voit le jour. Je suis heureuse et fière d’en faire partie. Comme je le suis d’avoir pu retrouver dans la foulée Stéphanie Di Giusto pour Rosalie une magnifique histoire sur la différence. Comme une boucle qui se bouclait… Mais je n’ai aucune angoisse pour le futur. Je n’ai jamais été aussi épanouie que ces trois dernières années. Et si tout devait s’arrêter, j’aurais au moins vécu ça.

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