Zaho de Sagazan, la nouvelle flamme de la chanson française

Citée dans cinq catégories, elle est en tête des nominations aux Victoires de la Musique qui seront décernées le 9 février prochain.

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Quand on parle de ses premières fois, à Zaho de Sagazan, un élément revient souvent: son piano. C’est un peu grâce à lui qu’elle en est là aujourd’hui : sur toutes les lèvres, tous les magazines et toutes les scènes.

Il y a un an, Zaho de Sagazan, jeune artiste de Saint Nazaire à la voix envoutante, fille d’une institutrice et d’un sculpteur, faisait déjà de la scène avec ses chansons électro-mélancoliques en première partie de Juliette Armanet. Aujourd’hui, celle qui ne s’aimait pas trop physiquement mais croyait en son talent, fait une méga-tournée et ses fans connaissent par cœur les paroles de La symphonie des éclairs, son premier album. Demain, elle remplira les Zénith. Et après-demain? Le monde à ses pieds.

PREMIER CRI

D’emblée, quand je pense à un cri heureux, cela m’évoque ma toute première fois au piano : je tape sur ce piano familial désaccordé dont plus personne ne joue, je reprends Can’t pretend de Tom Odell et je crie de toute mon âme! C’est une révélation, je me rends compte que j’adore faire ça. Mais sinon, le vrai premier cri, c’était le 28 décembre 1999, j’étais accompagnée de ma jumelle, Kaïta, qui devait crier tout aussi fort que moi.

PREMIER ARMOUR

Ma sœur jumelle. Rien de plus beau que notre histoire. On s’entend merveilleusement bien, nous sommes à la fois très opposées et très similaires. Elle est pudique, plutôt solitaire, silencieuse, alors que j’aime bosser en équipe et passer mon temps avec mes copains. Comme moi, elle raconte des histoires, mais dans l’ombre, elle est scénariste. C’est mon oreille la plus importante. Si elle n’aime pas les paroles d’une chanson, c’est qu’elles ne sont pas bonnes!

Zaho de Sagazan by Rory van Millingen
Zaho de Sagazan by Rory van Millingen

PREMIER ÉMOI MUSICAL

Les Choristes. Nous étions très [comédie musicale] à la maison et nos parents nous laissaient nous exprimer. C’était un peu la dictature musicale, nous mettions en boucle Peau d’âne, Mozart l’opéra rock, Romeo et Juliette. Mais la première véritable émotion, quand j’ai senti la musique me transpercer, c’était ‘Summertime’ de Janis Joplin. J’avais 8 ans, j’assistais à un spectacle de l’école de ma mère. Les premières notes de guitare m’ont touchées, puis la voix de Janis… c’était physique. J’en ai encore des frissons.

PREMIER CONSEIL

Ma mère qui me demande d’articuler. La musique, c’était très solitaire pour moi au début. Petit à petit, j’ai commencé à faire écouter ce que je produisais. J’ai une famille super mais très critique : il faut constamment avoir un avis, même quand on n’y connait rien (rires). Alors quand ma mère me disait d’articuler, ça m’énervait ! Je trouvais ça absurde, je voulais qu’elle me parle des mélodies, de ma voix…. Elle me faisait écouter Barbara pour me montrer à quel point elle prononçait bien chaque mot… Aujourd’hui je dis « merci maman » ! Surtout quand les auditeurs me disent que les chanteurs qui articulent comme moi sont rares.

PREMIER CHOC VISUEL

Un live de Jacques Brel, sur Ces gens-là que je découvre à l’adolescence. J’ai regardé 50 fois de suite dans la même journée ce mec qui suait, vibrait… et je me suis dit qu’une chanson, ça pouvait aussi se raconter, se jouer, se vivre… Cela m’a ouvert des horizons.

PREMIER SON ÉLECTRO

Koudlam, “Alcoholic Hymn.” J’ai 15 ans, je suis fan de chanson française et de rock et mon père me dit d’écouter un vinyle qui va changer ma vie. Comme il est un peu « too much », je n’y crois pas trop, je m’exécute quand même et là : choc total, je découvre les arpeggiateurs, la voix déformée, les grosses basses… des sons que je n’ai jamais entendus de ma vie. Je tombe direct amoureuse ! Je me rends compte que si la voix et les mots amènent des émotions, les sons des synthés peuvent le faire aussi… Et je m’y essaye moi-même, sur Garage Band ! Je dois à Koudlam mon entrée dans la musique électro.

Zaho de Sagazan by Rory van Millingen
Zaho de Sagazan by Rory van Millingen

PREMIER SUCCÈS

Sur scène avec la chorale du Concert Salade du Lycée Aristide-Briand de St Nazaire. Tout le monde connaît ça là-bas. Et a envie d’en faire partie. Certains sont même sélectionnés pour chanter en soliste. Nous nous y sommes essayées avec ma meilleure copine Ségolène en reprenant La belle étoile de M. Nous avons répété au moins 400 heures dans l’année, séché pas mal de cours pour ça… et au bout du compte, le prof a adoré, nous avons été choisie pour le Concert Salade!

PREMIÈRE HISTOIRE D’AMOUR

Mon piano. J’ai vraiment vécu une histoire d’amour avec lui, je l’ai personnifié, j’avais le sentiment que c’était la seule personne qui me comprenait ! Aujourd’hui, j’en ai deux : celui de la maison, toujours pas réaccordé, et un électrique que mes parents m’ont offert et qui m’a permis d’écrire mon album. A part mon piano, je n’ai jamais vécu de véritable histoire d’amour.

PREMIER PÉTARD

Ce n’en était pas vraiment un, c’était un bong (pipe à eau utilisée pour fumer du cannabis). Première vraie soirée de ma vie, avec 4 copines, on tombe sur une bande de vieux de seconde qui fume un bang. Ils nous en proposent, on accepte pour avoir l’air stylées et… nous sommes ridicules ! Une bonne erreur de parcours. Depuis, je fume des roulées, comme tous les jeunes de St Nazaire (rires).

PREMIÈRE DÉSILLUSION

Quand je me rends compte, en seconde, que je ne ferai pas médecine. Et que je ne serai pas chirurgienne. A cette époque, je suis passée de très bonne élève à musicienne qui sèche les cours. C’était à la fois une désillusion et une découverte : la musique aller remplacer la médecine!

PREMIÈRE SÉANCE PHOTO

Moi et moi-même dans ma chambre, volets fermés. Pas en mode selfie bras tendu, plutôt en mode arty, avec une belle lumière, en noir et blanc. Je faisais la même chose avec mes vidéos sur Instagram. Cela m’a beaucoup aidé, moi qui avais énormément de mal avec mon image. J’étais l’inverse de la féminité : rondouillette, voix grave, les yeux qui tombent, taillée en H, pas de seins, pas de fesses et du ventre… la totale ! Je ne portais que des costards, je n’étais pas élégante. J’étais persuadée que personne ne tomberait amoureux de moi jusqu’à la fin de ma vie ! Ça a changé quand je me suis rendue compte que mes défauts pouvaient devenir des qualités devant un objectif.

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